— L’art dramatique ! coulé par Sarah ! puisque, même aux Français, les tragédiennes vont chercher leurs cris jusque dans leurs tripes !

CHAPITRE XX

M. LEGOUFF A SÈVRES

L’entrée discrète de M. Legouff, coupa court au développement qui allait suivre. Mlle Ladièze, oubliant les rancunes du « chaste talent », s’avança vers le maître, tandis que les Sèvriennes, debout devant leurs tables, saluaient.

Gracieux, il répondit. Mainte lèvre se dérida, et d’une bouche à l’autre, comme au jeu d’une aiguille, un sourire passa, enfilant pour lui, les grains vermeils de ces bouches closes.

Depuis trois mois, les Sèvriennes attendaient impatiemment cette visite. Que leur dirait-il ? Quelles seraient ses favorites ? Aurait-il, pour elles, la bienveillance qui le fait adorer des anciennes ? Obtenir un éloge, quelle joie ! quel espoir pour l’avenir ! Il n’oubliait jamais, on le savait, une Sèvrienne qu’il avait remarquée. Sa haute situation, son crédit au Ministère, sa popularité en province, donnaient à l’appui de M. Legouff un prix inestimable.

Toutes, elles voulurent plaire, comprenant d’instinct, que ce qui le charmerait, ce n’était pas la science débordante des futures agrégées, mais le naturel, la grâce de petites filles, attentives à lui fournir un aimable succès de causeur et de lecteur.

La plus âgée, à ce moment-là, n’eut pas quinze ans.

— Bon-iou, bon-iou Mesmoyelles, en-yanté fai-e vot’connaissance.

D’un geste, M. Legouff les prie de s’asseoir, offre la droite à Mlle Ladièze qui rayonne, puis éparpille sur le tapis vert, les feuillets de sa conférence.