D’Aveline sort à son tour, mais pas assez vite, pour ne pas entendre Didi répondre à Berthe Passy :

— Je n’ai que 18 !

— Eh ! plains-toi donc la belle, sais-tu qu’il donne 20 à Dieu et 19 à lui-même !

....... .......... ...

Quatre heures sonnent enfin !

Depuis une heure, l’examen est fini : les aspirantes, fiévreuses, errent dans le parc, dans les couloirs ; quelques-unes, à l’infirmerie, boivent de la fleur d’oranger. Les cœurs se serrent, on ne respire plus.

Le sort de ces jeunes filles est décidé ; encore un moment, il sera connu. La minute est longue d’un siècle, le silence glace les visages. Les étrangers se tiennent à distance, très émus par l’angoisse des aspirantes, qui semblent attendre là une parole de vie ou de mort. Refusées, tout leur semble perdu ; reçues, que d’efforts, de fatigues, oubliés dans la joie d’entrer au Paradis.

Que cette attente est longue !

Marguerite Triel est figée près de Charlotte, qui fait encore bonne contenance ; Berthe Passy rit nerveusement ; Jeanne Viole est morne ; le masque de Victoire est d’une laideur tragique. Les deux Montalbanaises pleurent ; Didi subit le malaise du doute : si une autre qu’elle était première. Trente autres tressaillent de la même anxiété. Enfin un coup de sonnette, bref, avertit les futures Sèvriennes que leur sort va être connu ! Une porte s’ouvre, un feuillet blanc voltige, dix-huit noms sont affichés là : c’est une poussée furieuse, un recul d’effroi.

— J’y suis ! J’y suis, je n’y suis pas ! Un grand cri de désespoir, et Madeleine Bertrand s’évanouit.