Dans ce couloir aux briques rouges, où l’usure de tant de pieds a tracé un sentier rose, c’est une scène indescriptible de joie, de colère, de douleur ; la mère d’Adèle insulte le jury, crie à l’injustice ; de pauvres petites ont des crises nerveuses, d’autres, prostrées, s’en vont, sans savoir où ?

Mais Didi exulte, son nom tient l’affiche. Marguerite, seconde, est folle de joie ; Berthe Passy est cinquième, après Jeanne Viole, un peu dépitée, et Victoire humiliée d’être quatrième. Les heureuses s’embrassent, se serrent les mains, plus gênées qu’apitoyées par la douleur des autres, et quelques Sèvriennes, gentiment, viennent consoler les recalées.

— Allons, allons, du calme, « mes p’tits » fait la dame au profil chevalin, Mlle Lonjarrey, surveillante à l’école, ce n’est pas tout d’entrer à Sèvres… il faudra en sortir !

CHAPITRE III

LE JOURNAL DE MARGUERITE TRIEL

Sèvres, 3 octobre 189 .

De pied en cap, me voilà donc Sèvrienne. Je n’en porte pas l’uniforme, par la raison qu’il n’en existe pas. Mais dans le cœur, j’ai l’amour de la maison.

Aujourd’hui commence ma vie nouvelle.

Comme les paysannes de chez nous, qui cueillent, durant la belle saison, les plantes odorantes, je voudrais, jusqu’au plus lointain hiver, parfumer ma vie des souvenirs que je vais recueillir ici.

Aujourd’hui donc je commence mon journal.