» On nous reçut, non dans l’Oratoire, où ont lieu les entretiens magiques, mais dans le Hall ; un hall épatant, ma vieille ; rien ne peut te donner une idée de ce décor. Vraiment pour une femme seule, la dame de céans a trop d’âmes et trop de pommes.

» Elle porte en écusson cinq pommes, et ces cinq pommes on les retrouve sur la marqueterie du parquet, dans les ferronneries des portes, sur les boiseries, les vitraux, les tentures, où elles montent jusqu’aux caissons de la voûte, épanouies en cinq allégories : Ève, Pâris, le jardin des Hespérides, le vieillard d’Orient et peut-être bien, je n’affirme pas, Babet au pays de Corneville.

» Il m’a paru même, que la duchesse de Pomone, sous sa robe d’orfroi, portait ses armes parlantes de façon assassine.

» Hélas, pendant deux heures on nous y fit croquer le marmot !…

» Pardonne ma pauvre vieille, si au lieu de te parler cours, École, philosophie, je te conte nos divertissements imprévus.

» J’ai voulu t’envoyer, de Sèvres, un de ces rayons blancs, comme il en passe parfois sur notre ciel gris. Te rappelles-tu ces clartés qui filaient sur l’École, les soirs où, de ta fenêtre, nous regardions Paris. Nous n’étions pas de la fête mais cette lumière, qui ployait jusqu’à nous les branches de son éventail, était encore une joie.

» Souris un moment, ma pauvre vieille, va, je devine tes tristesses, qui demain seront les nôtres. Tu n’oses pas nous écrire que tu souffres, tu n’es pas de celles qui se plaignent, pauvre cœur discret. Notre École, c’est ton paradis perdu. Je savais que te parler de nous, c’était alléger la contrainte du présent.

» Ma bonne humeur est un de ces feux du soir, je veux que tu en aies ta part, vieille et loyale amie, c’est la seule richesse que je puisse partager.

» Écris-nous plus souvent ; dis-nous tes peines, tu parles trop des autres pour ne rien nous cacher de toi-même.

» Crois-moi toujours, le plus sûr, le plus dévoué de tes camarades de route. Pourquoi ta directrice veut-elle t’embéguiner ? ça me paraît aussi cocasse que de voir « Marianne » porter un goupillon.