» On se disputait les rôles ; on les tira au sort, mais le choix voulut que Marguerite Triel fut Jeanne d’Arc ; n’en a-t-elle pas la plastique, la belle tête d’illuminée ?

» Elle a été admirable, émue quand il le fallait, douce, tragique, navrée, toujours simple et sincère, plus qu’une actrice ne saurait d’être. L’âme de Jeanne d’Arc vivait en elle. Si tu l’avais vue à genoux, écoutant les « voix », les cherchant de ses grands yeux fascinés. Ce n’était plus la Marguerite que tu as connue, mais un être qui resplendissait d’une joie surnaturelle.

» Je voyais les lèvres de Jérôme trembler ; il se pencha vers Mme Jules Ferron, à quatre pas de La Hire, et lui dit :

» Jamais ma pièce ne m’a causé une émotion pareille… la voilà enfin la Jeanne d’Arc rêvée !

» Et j’ai vu, oui, j’ai vu notre bon maître qui pleurait.

» Un triomphe, un triomphe délirant ! Jérôme ne savait comment nous dire merci ; parions que d’un seul geste il eût voulu nous englober sur son cœur. Enfin il est content.

» Mais nous n’en avons pas fini avec les honneurs rendus à Jeanne d’Arc, puisque Jérôme s’est fait le « barnum » de la Grande française.

» Il l’a conduite, tout dernièrement, jusqu’à la barrière du faubourg Saint-Germain.

» Une duchesse, oui, ma chère, et de Pomone encore, fit demander à Jérôme Pâtre trois conférences sur Jeanne d’Arc. Nous fûmes de la troisième ; je pense que le public aristo faisait défaut, à moins que la bonne dame fût exempte de préjugés.

» Cette duchesse, lady en Écosse, prêtresse officiante d’une théosophie occulte, habitacle successif de Marie Stuart et de Jeanne d’Arc, est une extraordinaire douairière qui habite Holy-Rood… avenue Loban.