» Enfin le four, le four noir, Jérôme l’a connu.
» Il en tomba malade ; songe que Jeanne d’Arc est la passion d’une vie déjà longue.
» Les noirs cheveux blanchissaient, sa barbe fourchue se « hirsutait », et sa verve : essoufflée, ma pauvre ! sa petite langue pointillante, sautillante, immobile maintenant ; oh ! le temps du « rossignou » était passé.
» Paix, paix, ma chère, nous ne le laissâmes point en c’t’état-là, après maints colloques, où chacune offrit ce qu’elle avait… trouvé, on décida de jouer Jeanne d’Arc à l’École, sans décors, sans costumes, sans autre spectateur que Jérôme.
» On lui donnerait la joie de voir sa pièce toute nue, et de n’entendre d’autre musique que des mélodies de Haydn et de Beethoven.
» Ainsi fut fait. En grand mystère, on prépara cette galante sérénade : personne n’en souffla mot. Vois-tu le cheveu de d’Aveline frémir, jaloux de la noire chevelure, et M. Lepeintre nous crier : « Ohé ! Jeanne d’Arc, elle est surfaite » !
» Quelle inoubliable soirée, ma vieille. J’ai beau me trémousser dans l’École, avec des airs hurluberlus, c’est pas pour rien que je suis de Paris, j’aime le panache ! J’ai joué mon rôle comme un petit soldat.
» N’était pas bien long, ni bien difficile, puisque j’étais La Hire. En moult occasions je devais répondre : Jarnidieu !
» Mais tu n’y entends rien, si tu ne sais pas, avec quelle âme, on peut pousser ces Jarnidieu.
» Et ma prière à « sire Dieu » ; parole, La Hire m’eût accolée comme un frère.