» Dieu soit loué, l’Ancienne ! Sèvres avant de mourir, aura connu les beaux jours de Saint-Cyr. Racine est dans nos murs, Maintenon sous notre toit.
» Je t’arrête : il ne s’agit point de cavalcade, mais d’une représentation digne des mémoires de Caylus, puisque dimanche, sur les huit heures de relevée, nous eûmes petit gala.
» C’est le Saint-Cyr pénitent, qui revécut dans le huis clos d’une représentation extraordinaire, et la Jeanne d’Arc de Jérôme Pâtre. Rien n’y manqua, pas même « ces belles larmes » que le poète versa.
» Ah ! le plaisant homme que Jérôme, il mène en grande chevauchée la bonne Lorraine, des tréteaux du Châtelet au tapis bleu de l’École, de l’huis des séminaires aux estrades des lycées. C’est une croisade pour délivrer Jeanne d’Arc, prisonnière de l’Oubli.
» Un paladin ! quoi.
» A la longue, Jeanne d’Arc nous reviendra ; qu’importe, Sainte ou Mascotte, pourvu qu’elle soulève la Patrie au vol de son étendard. C’est le rêve de Jérôme, c’est le rêve qui fit battre, dimanche, le cœur de toute l’École.
» Ne compte pas sur moi pour un laïus de circonstance, Jérôme t’enverra sa pièce ; il t’aimait bien. Tu verras que son drame suit de très près l’histoire, le roman en est écarté ; cette trilogie : « Vocation, Glorification, Passion » de Jeanne d’Arc, me semble la division naturelle d’un drame historique, dont le lignage est plutôt du côté de Shakespeare que du côté de Corneille.
» Ma mère l’Oie raconterait cette vie de la Pucelle, qu’on en pleurerait, juge un peu quand Jeanne d’Arc, elle-même, se raconte avec une naïveté, une franchise, une ignorance de l’être sublime qu’a été cette paysanne.
» Jérôme a bien fait d’adorer dévotement, sans hasarder son œuvre sous une parure inutile.
» Pourquoi la pièce écrite en prose, n’a-t-elle pas réussi ; pourquoi la critique, au lieu d’admirer la grande actrice qu’est Segond-Weber, n’a-t-elle retenu de son verbe que les tirades patriotico-révolutionnaires, un peu prématurées. Ce fut une bamboula frénétique des vieux héliastes du théâtre.