Le cours de littérature, en troisième année, a pris un caractère nouveau. D’Aveline n’est plus le professeur qui, d’un doigt capricieux, feuillette l’esprit des Sèvriennes, pour y jeter ici, un ornement, et là, une retouche. Sa leçon perd son allure pittoresque, amusante. Il ne s’agit plus d’étudier l’éloquence ou la logique ; mais de former l’âme de ces jeunes filles, en abordant le côté réel, « vécu » des œuvres classiques.
Non que d’Aveline veuille imposer un culte unique, et comme Jérôme Pâtre, enrôler les Sèvriennes sous la doctrine de Kant. Lui les conduit à travers la vie, tantôt sous la garde d’un sceptique tel Montaigne, d’un passionné tel Pascal, d’un imaginatif tel Rousseau.
Elles sont libres de choisir.
Ce qu’il veut, en étudiant avec ses élèves, les hommes qui s’imposent à notre respect par l’intelligence, c’est exciter, chez ces jeunes filles, le sens de la poésie, l’enthousiasme réfléchi.
Par là, il veut corriger, en les faisant entrer au cœur même de la vie, la vision du monde héroïque et romanesque, qu’imaginent les solitaires de vingt ans.
Ce cours sur Pascal, commencé depuis trois leçons, les ramène impérieusement à l’examen de conscience.
Après avoir aimé la mort, au temps des aspirations vagues, vers la quinzième année, elles s’en détournent avec effroi. Pourtant, elles le savent, cette pensée constante de la mort, et de l’au delà, est la seule qui nous donne la notion positive de ce que nous sommes dans la vie universelle.
— Est-ce que, de l’idée du néant ou de l’immortalité, ne dépend pas notre règle de vie ?
Une barre creuse le front obstiné de Victoire Nollet. La mort, pour elle qui a vu mourir sa sœur, est une nécessité qu’il faut subir, mais à qui l’on ne doit rien soumettre.
Quoi, tout son travail pour agrandir son être serait nul aux yeux de Dieu ! Sans la grâce elle ne peut être sauvée, et la grâce n’est qu’un caprice de l’Omnipotence !