C’est impossible, à chacun selon ses œuvres. Pascal est un mauvais maître qui vous désarme devant l’action.

Victoire relève la tête, et regarde bien en face d’Aveline, qui épie sur ces figures sincères l’émoi de sa lecture. Dans les yeux qui le fixent, il n’y a qu’énergie, mépris de la mort.

Près d’elle, Jeanne Viole est secouée d’un grand frisson, frisson de l’oiseau exilé du ciel.

— « Ah ! ce Pascal, il vous prend, vous emporte, vous jette meurtrie à la porte d’un cloître ; cette vie ne vaut pas d’être vécue ; j’entends sonner un glas céleste, c’est la cloche des moniales, c’est l’Orante qui m’appelle vers l’époux mystique… »

Ses yeux chavirent, ses joues pâlissent comme une hostie dans l’ombre, laissant croire à d’Aveline, que sa parole fait naître l’extase.

— « Cabotine », murmure Berthe, en s’amusant à crayonner, au dos de son Pascal, l’extase de Jeanne Viole, « décidément elle pince toutes les cordes ».

« Elle ne respecte rien. C’est pourtant terrible ce rappel de la mort. Ce diable d’homme m’a mis le cœur à l’envers. Ai-je jamais pensé que je pouvais mourir et m’en aller où ? Retrouver qui ?

» Il y a quelque chose de plus affreux que cette angoisse brutale, c’est le silence de ceux qui sont partis on ne sait où… »

Berthe n’a pas peur de la mort, elle est trop insouciante elle-même, mais elle tremble à la pensée que « son vieux » doit partir le premier, et que sans doute ils ne se retrouveront jamais.

Un sursaut chasse cet effroi de leur affection brisée, une immense tendresse lui réchauffe le cœur. Oh comme elle va l’aimer, le câliner, lui faire une vieillesse heureuse à son pauvre Jules ; qu’au moins, il ait son Paradis sur terre, ne l’a-t-il pas durement gagné. La vie n’a pas été tendre pour les Passy ; qu’il doive à sa petiote la douceur des derniers jours ; la mort qui le prendra lui semblera moins cruelle, si le père s’en va un sourire sur les lèvres.