La figure cachée dans ses mains, Marguerite pleure.

Trop de souvenirs cruels l’accablent, elle n’a pu retenir ce flot de larmes qu’appelle la voix de d’Aveline. Elle les connaît pourtant, ces pages terribles, que seuls peuvent aimer ceux qu’on ne console pas.

Ces mots vulgaires, ces images brutales, la saisissent d’effroi, comme si, devant elle, on fouillait la terre, pour lui montrer l’œuvre ténébreuse de la mort.

Tout ce que son imagination voile s’étale là, comme une pourriture qui lui fait horreur. Elle a peur, son être éclatant de vie regimbe, et ramène sur soi la pitié qui s’en va, vers les restes innommables de ce qui fut l’adorable Charlotte.

La mort fera son œuvre, sur elle aussi, tout ce qui fait sa beauté, ses yeux, ses cheveux, sa chair blanche, où courent comme des sources de petites veines bleues, son parfum, son corps qu’elle aime, la mort demain en fera, pour les autres, un objet de dégoût.

Elle se sent lâche devant cet anéantissement ; l’incertitude de l’au delà, la rejette éperdument vers toutes les forces de la vie : seule certitude que nous ayons.

Est-ce pour nous préparer à mourir, en vivant dans la pénitence, que Dieu nous a créés ? Faut-il faire de sa vie un désert ? renoncer au bonheur, à la joie d’unir son être à un être adoré, donner à Dieu seul son cœur, sa chair, son rêve de Vierge ?

Non, non, tout son être se révolte devant une pareille malédiction.

La pensée de la mort, de la ténébreuse destruction des êtres, exalte follement son désir de vivre, de posséder la vie, l’amour, la volupté, tous ces biens que Pascal condamne.

Aimer, aimer, voilà le souverain bien, Dieu n’a jamais voulu écraser ses créatures sous la malédiction d’une vie solitaire.