« Je t’aime, je t’aime » chuchote son cœur, « je t’aime, je t’aime » répètent ses lèvres brûlantes, et ce mot maintenant signifie tout, c’est la loi qu’il faut accomplir, pour que la vie soit éternelle.

Lumière, joie, caresses, voilà ce que sa jeunesse répond aux cris de Pascal. C’en est fait de la torture qui l’épuise, elle a vu clair. Henri, elle aime Henri ; c’est lui qui la prendra, c’est lui qui sera la chair de sa chair. Elle sent battre son cœur dans le sien, et son sang brûle de ne pas couler encore avec le sang du bien-aimé…

Marguerite ne sait plus où elle est ; la voix de d’Aveline est un bourdonnement, une plainte vague qui passe sur elle.

Que peuvent les lamentations de Pascal sur ce cœur ivre d’amour ?

De la terre morte de cette classe, montent des parfums ardents, c’est l’odeur violente du Paradou. Demain, avec Berthe, elle retournera lire l’abbé Mouret, sous l’ombre fraîche des arbres. C’est là, que ces pages flamboyantes de soleil, où tout se pâme et râle d’une immense volupté, éveillèrent en elle le frisson du désir. Quelle ivresse lui vient de ce livre, complice du rêve éperdu qui, la nuit, la soulève et lui ouvre les bras vers celui qu’elle appelle…

Derrière ses mains jointes, Marguerite boit ses larmes, dérobant à d’Aveline, à celles qui l’écoutent, son émoi.

Quelque chose d’inconnu, de farouche et de mystique, plus fort que sa pudeur, la pousse impérieusement vers l’ami malheureux. Elle tremble à la pensée que peut-être il ne l’aime pas, qu’il ne veut pas qu’un autre amour le console. Pourtant, à travers ses yeux clos, elle le voit à ses genoux, parlant, suppliant, et déjà tout son être défaille du désir de ces lèvres qui cherchent les siennes.

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D’Aveline a rouvert son Pascal, et lu, avec un frémissement, le mystère de Jésus, ineffable cantique de l’amour mystique. « Console-toi, tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais trouvé. »

Les Sèvriennes, recueillies, écoutent le dialogue divin, que répète pour elles, la voix grave du violoncelle. Respectueux du silence, des larmes muettes de Marguerite, d’Aveline s’approche d’elle, fait sa voix plus caressante encore, pour dire l’admirable poème de Sagesse :