Ah ! si j’avais un ami ! Eh bien, ce journal sera mon ami. J’éprouve un plaisir infini à écrire ce mot au masculin : mon ami.

Je voudrais qu’un homme fût mon ami, qu’une affection virile m’enveloppât, me protégeât dans cette vie nouvelle qui me charme et m’épouvante. Je voudrais trouver en lui le Bon conseil et le Maître.

M. d’Aveline, j’en suis sûre, serait un ami exquis. Il doit avoir d’infinies tendresses, des gronderies si douces.

A quoi bon penser à lui ; je me suis promis de me défendre contre une toquade possible. Presque toutes les anciennes sont amoureuses de lui ; s’il rit des autres, je ne veux pas qu’il se moque de moi.

On m’a dit aujourd’hui qu’il avait coutume de baiser la main. Sa bouche, sur une main de femme, quelle caresse !…

Marguerite, Marguerite, attention, tu vas te laisser prendre. Non, ce serait idiot.

Puisque toi seul, cher Journal, seras mon ami, je veux être avec toi orgueilleusement sincère. Je ne ferai pas ma petite Eugénie de Guérin ; je suis trop fougueuse et trop câline pour accepter la vie avec humilité ou résignation.

J’adore qui m’aime. J’ai le désir de plaire, mais n’attache de prix qu’aux amitiés qui se ménagent. Je leur suis fidèle.

J’ai la volonté capricieuse, et ne veux pas qu’on me domine. Je me sens libre, dès que le calme revient en moi, car si j’ai le sens très net du réel, j’ai l’imagination romanesque. Je vois le danger, il m’attire. Dès que mon cœur s’emballe, ma volonté le suit et mène follement mon imagination vers une équipée sentimentale.

Mes aventures n’ont été que des rêves ; elles ne me laissent ni désir, ni regret.