» Si prévenue que j’aie été, je n’ai pas su juger les gens et la vie.
» Là-bas, nous voyons tout à travers un ciel trop pur ; c’est notre tour d’ivoire, elle est si haute qu’on ne peut y sentir l’odeur de pourriture humaine qui m’empoisonne.
» On part la joie dans le cœur ; aux premiers pas, on butte. J’aime mieux m’en aller ; j’entrerai sans tache dans le néant. Si quelque part un Dieu juste m’appelle, il pourra m’absoudre d’avoir mis, à plus haut prix que ma vie, le respect de moi-même.
» Adieu, mes douces chéries, vous êtes toute mon affection. Je redoute pour vous ces épreuves qui m’ont vaincue. Fuyez la solitude ; aimez, soyez aimées : vous serez fortes. Puissiez-vous ne jamais connaître cette tâche poignante qui a été la mienne : borner sa vie à gagner son pain quotidien.
» Adieu, mes dernières larmes sont pour vous. Je vous aimais.
» Votre Isabelle. »
CHAPITRE XXVIII
FAIT DIVERS DE LA « GAZETTE DE TOURCOING »
18 juin 189 .
Notre lycée de jeunes filles vient d’être cruellement éprouvé. Un des plus sympathiques professeurs, Mlle I. M…, en manipulant des produits photographiques, par une imprudence inexplicable, s’est empoisonnée avec du cyanure de potassium.