» Le soir même, un rapport était adressé au recteur. La directrice se faisait l’écho insultant des bruits qui circulent sur mes opinions morales. Je devenais une émancipatrice dangereuse, une révoltée, une nihiliste ! Je compromettais le Lycée de Tourcoing !

» Je reçus un blâme officiel.

» Je n’ai pu tolérer ce blâme que je ne mérite pas. J’ai relevé les accusations dont on m’accable, c’était mon droit. Je suis allée trop loin.

» J’éprouvais une joie sauvage à défigurer cette belle âme, c’étaient des mots corrosifs, du vitriol qui lui brûlaient la face.

» Elle m’a laissé parler. J’étais perdue.

» Je suis sous le coup d’une révocation. L’administration, qui, dans ces sortes de choses, a le rôle des muets du sérail, m’étranglera sans rien dire.

» Mon avenir est brisé, personne ne me défendra. M. Legouff est trop vieux, Mme Jules Ferron trop loin, du reste elle n’intervient jamais.

» Qui croira que je n’ai pas failli, et que ma révocation n’est pas justice ?

» Une démarche au ministère, un marché, me sauverait… non, non pas ça, pas cette souillure. J’aime mieux une fin plus fière.

» Il m’est impossible de transiger avec ma conscience. Mes idées à moi, c’est encore ma conscience. Je ne pourrais vivre ailleurs, s’il fallait recommencer ce dur apprentissage de la lâcheté humaine.