4 juillet.

Nous avons passé ensemble l’après-midi dans les bois. Il m’attendait à la Lanterne de Saint-Cloud. Nous avons été droit devant nous, sans but, presque silencieux : j’évite de lui parler de l’École, de mon départ si proche ; j’aime mieux qu’il me raconte ses projets. Sans cesse, je le ramène à l’idée qu’il doit créer quelque chose de très grand.

Il dit que l’artiste, sans l’amour, est impuissant.

Ah ! si c’était vrai, ah ! si je pouvais lui rendre le désir, le rêve, la force, tout ce qui s’en va de lui, chaque jour un peu plus !

Nous nous sommes assis au pied d’un arbre, en plein bois. Nous étions seuls, pas un bruit, pas un souffle, le voile des feuilles nous enveloppait.

Il était allongé sur les mousses, semblant chercher quelque insecte qui fuyait ; je le regardais. Soudain ses yeux se sont relevés, fixant les miens, les buvant, buvant éperdument tout mon être…

J’ai cru que j’allais mourir, brusquement il s’est relevé, s’est enfui ; quand il est revenu près de moi, sa figure était baignée de larmes.

Qu’a-t-il ? pourquoi cette lutte, pourquoi ses lèvres se ferment-elles, quand la délivrance est si proche. Que me cache-t-il ?

Hâtez les jours, mon Dieu, je ne peux plus vivre ainsi.

5 juillet.