Les Sèvriennes marchent et s’arrêtent avec lui, surprises de sa vigueur, il est presque jeune dans ce costume de coutil blanc.

Leurs yeux s’attachent à tout ; elles savent l’histoire de la maison, les événements heureux dont elle fut témoin, l’union des enfants, les coups de chance qui aplanirent la longue route de M. Legouff.

— Vous ne vous êtes jamais demandé, mesdemoiselles, comment moi, qui suis plutôt un homme de théâtre qu’un pédagogue, j’ai pu devenir votre directeur ? Eh bien voilà : on fonde Sèvres. — Qui mettre à la tête ? — Ministre, Directeur, très embarrassés ! — on vient me trouver. — Accepteriez-vous ? — Moi ! diriger des jeunes filles et des savantes encore ? — Nous ne demandons pas de titres universitaires, mais vous avez écrit : l’Histoire morale des femmes, l’Art de la lecture,… vous avez, cher maître, le doigté, l’expérience… — Non, non, cela m’effraie.

Et quelques jours après, le ministre m’écrit :

« Vous pouvez leur faire du bien, vous seul le pouvez. »

— Alors je suis votre homme, ai-je répondu.

Le lendemain j’étais Directeur de Sèvres.

Sa main se tend d’un geste charmant vers les deux jeunes filles, qui s’inclinent et le remercient.

— Votre nom, monsieur, dit Victoire, a été pour l’École une sauvegarde. Il a rassuré ceux mêmes qui s’inquiétaient de voir Mme Jules Ferron à notre tête.

On s’est dit, qu’avec M. Legouff, nous ne pouvions apprendre que de belles et utiles choses.