M. Legouff a écouté, un peu surpris, cet aveu de Berthe ; puis se reprenant à marcher, il tapote la main qu’il vient de prendre :
— N’ayez pas peur, mon enfant, la difficulté n’est pas aussi grande que vous vous l’imaginez. Faites toujours de votre mieux, le succès viendra par surcroît. On s’habitue à tout, et vous enseignerez la règle de « même » et de « gens », comme vous dissertez sur Pythagore.
Tenez, je suis bien sûr, à la mine de votre compagne, que Mlle Nollet ignore vos scrupules. C’est une nature combative la sienne, virile, j’ajouterais presque. Avec sa petite robe noire, et son chapeau comme ça, elle me fait penser à quelque calviniste de Genève, pour qui, tout livre accepté devient une Bible.
— C’est vrai, monsieur, il me tarde d’être affranchie de la tutelle de l’École, de chercher, d’appliquer, une méthode qui soit la mienne. J’ai hâte de posséder l’esprit de mes élèves, de leur enseigner la bonne parole.
J’ai longuement réfléchi, depuis que je suis à Sèvres.
— Et ? interrogea M. Legouff.
— Je crois que je suis prête. Aussi, j’entends diriger ma classe, sans l’ingérence de personne ; je suis avide de responsabilité ; toutes mes forces, je les dépenserai librement, certaine d’ouvrir l’intelligence de mes élèves, par l’effort que je leur imposerai.
M. Legouff s’arrêta près d’une source endormie et les invita à s’asseoir : il avait ouvert son parasol blanc, et sa figure ossifiée, s’anima pour répondre à Victoire Nollet, très rouge.
— Voyez-vous cette petite personne décidée ! saura-t-elle régenter ces élèves !
Vos idées sont-elles aussi tranchantes en matière d’éducation ? Voyons votre idéal.