Enfin, on exige de nous une prudence, une conduite avertie, que n’ont pas toujours des femmes de quarante ans, et nous n’en avons pas vingt-cinq !
Ah ! la pitié, la solidarité, dans notre milieu ! des mots, des mots tout cela. On en fait des manuels, ça se vend…
— Taisez-vous, petite fougueuse, dit M. Legouff qui n’a pas entendu ces dernières paroles, taisez-vous, l’amertume n’est pas de votre âge. Allons, reprenez-moi votre belle vaillance. Tout s’arrangera, le temps est un grand maître.
Moi, qui ai pris racine à l’ombre de ces arbres, je vais vous dire ce qu’ils vous recommandent.
Acceptez l’épreuve avec courage ; allez où l’on vous enverra, la loi des milieux est une loi bienfaisante. Elle tempère et unifie ; peu à peu, vous vous habituerez à cette vie, vous mettrez votre énergie à remplir votre mission.
Haut les cœurs, mes enfants !
Vous êtes de ces métaux précieux qui servent à la frappe de nos belles monnaies : purs, ils gardent mal l’empreinte et se déforment sous les doigts. Alliés à un métal ductile, l’empreinte est éternelle. Voilà l’alliage que fera la vie : dans ce creuset, vous apportez l’or fin ; elle ajoute le bronze !
Soyez gaies, un sourire de femme arrête la fortune ; voyez Mlle Diolat, elle est heureuse ; d’autres m’ont écrit : « Je vous envoie le meilleur de moi-même, le sourire de mon petit enfant. » Voilà des joies promises !
Allez mes enfants, souvenez-vous qu’on peut compter sur moi.
— Oh merci, monsieur, nous emportons là notre viatique !