— Quelle chose irréparable ! Et sa directrice ?…
— Elle aura de l’avancement.
Un long silence tomba ; puis Berthe, voulant effacer l’impression trop triste de ce souvenir, dit en s’adressant à M. Legouff :
— Je crois que d’autres meurent lentement du mal d’abandon. Si Renée Violat n’avait épousé M. Marnille, l’ennui de vivre l’aurait prise à son tour. La force de résistance s’use dans cette longue inertie de province ; elle est générale cette tristesse inguérissable des femmes professeurs.
Avec un demi sourire, elle murmura intérieurement :
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
— D’où leur vient cette tristesse, le savez-vous ?
— Elle vient, je crois, monsieur, de l’isolement du cœur. Quelques-unes, comme Victoire, se consolent avec elles-mêmes, mais les autres ? Celles qui ne trouvent ni amitié ni protection dans la ville où le hasard les envoie, d’où un caprice les rappelle ?
Je ne sais pas, si nos anciennes vous écrivent les épreuves qu’elles traversent, ce qu’elles nous racontent, à nous, est peu rassurant : quand leur vie n’est pas un épisode héroï-comique, c’est une souffrance de tous les jours, qui leur vient de l’opinion publique.
On ne se commet pas avec nous ; on ne nous reçoit pas. A notre façon, nous sommes les chemineaux de l’Université. On nous surveille, on nous critique, on met en garde contre nous la sympathie et la confiance, sous prétexte que nous sommes à la dévotion d’un parti !