— Nos directrices ! ah ! monsieur, fit Victoire toute droite, il est bien difficile de compter sur elles, ou elles vous accablent de conseils et vous noient, ou elles vous les refusent et condamnent.

Ce serait curieux d’énumérer les types de nos directrices actuelles ; à peine y en a-t-il deux ou trois qui soient dignes, comme Mme Jules Ferron, d’être à la tête d’un lycée de jeunes filles.

— Oui, le type le plus redoutable, c’est la directrice juge et gendarme, qui vous garrotte à tous les moments du service, et hors du service. Avec elle, nous autres, ses égales, fait Berthe indignée, nous serons ravalées à ce rôle de Vingtras, laquais de l’administration !

Et puis, on en meurt de cette tyrannie. Je pense que d’avoir assassiné Isabelle Marlotte, la directrice de Tourcoing doit avoir d’édifiants colloques avec sa conscience.

— Que dites-vous là, mon enfant ?

Berthe se tut, hésitant à révéler l’infamie d’une ancienne ; puis, très bas, avec des larmes dans la voix :

— Isabelle Marlotte s’est suicidée. Sa directrice n’ayant pu l’endoctriner, l’a menacée d’une révocation. Isabelle qui n’était ni romanesque, ni déséquilibrée, mais une âme fière, incapable de lutter contre la méchanceté, a préféré mourir plutôt que de perdre, par une disgrâce, l’estime publique.

— Oh ! l’affreuse chose, que ne m’a-t-elle écrit, j’aurais pu…

— Elle a mieux aimé se taire.

— Oui, c’est vraiment très beau ce sacrifice du « moi » au culte intransigeant d’une idée, fit Victoire Nollet, que l’émotion même de M. Legouff ne touchait pas.