Ma tête se brise. Je deviens folle.
Mais où suis-je ? la nuit m’a chassée de là-bas, je ne sais par où je suis revenue à l’École, est-ce là ma chambre ? pauvre cahier, qui as bu déjà tant de larmes secrètes, je n’ai pas fini de pleurer.
Quel coup de couteau ! il m’aime, c’était le bonheur, et c’est la mort…
....... .......... ...
Il m’attendait à son atelier, très pâle ; l’atelier vide, à la place où Elle était une ébauche ; plus de fleurs, plus rien, que des essais partout, abandonnés.
Sans me tendre la main, il m’a montré le marbre qu’il achevait : une main énorme soulevant une motte de terre, où deux êtres accomplissent l’œuvre d’amour.
— Ce sont les Éphémères dans la main du Tout-Puissant. Voyez, rien d’autre n’existe pour eux. Sur le bloc de glaise, où leurs corps s’enfoncent, ils obéissent à l’impérieuse loi, ils s’aiment. Leur œuvre finie, ils pourront mourir.
— Que c’est beau, Henri.
— Emportez-le, Marguerite, c’est pour vous que je l’ai fait. Vous rappelez-vous cette promenade à Saint-Cloud… autrefois ?
Je vous revois, emprisonnant dans votre main, l’essaim des éphémères qui voltigeait sur une feuille. Vous disiez : « Ne sommes-nous pas des éphémères, ceux-ci du moins sont plus sages que nous. »