Nul ici ne peut prévoir ce que je ferai demain et c’est pourtant la parole de mes maîtres qui m’affranchit.

Je vais vivre désormais, hors de la vie commune ; mais la tête haute, consciente de l’œuvre féconde que sera l’œuvre d’amour, je pars, ayant au cœur une gratitude infinie pour cette École, dont la main libératrice rouvre la porte au Bonheur.

CHAPITRE XXXIII

LES ADIEUX DES SÈVRIENNES

Une nuit bleuâtre, enveloppante, nuit de caresses et de langueur, tombe sur le parc de l’École. C’est l’heure des adieux. Une dernière fois les Sèvriennes se promènent dans les allées familières, attendant le résultat des examens de licence et d’agrégation.

Mlle Vormèse se recueille, elle suit avec angoisse le mouvement de ces ombres qui attendent, mornes, fiévreuses ou sereines, le premier coup du destin.

La lune, nonchalamment, s’endort sur les feuillages, et de là haut, jette sur les vitres, qui miroitent, une nébuleuse clarté.

Depuis un moment, Marguerite et Berthe sont là, assises sur les marches branlantes du pavillon Lulli ; elles écoutent le silence, leurs mains jointes par moment se serrent ; un regard, un baiser disent l’adieu.

L’horloge sonne la dernière demi-heure, Marguerite avec effort se lève, et dit à Berthe :

— Je n’aime pas ce qui finit, mon cœur est lourd ce soir : encore quelques moments à vivre ici, et toute notre vie d’école sera dans le passé.