Ces choses qui nous entourent, dis, les reconnais-tu ? comme l’adieu les change : voilà les cendres de ce que nous avons aimé !
Écoute, des voix nouvelles pleurent dans le jet d’eau. Te souviens-tu des premiers soirs, où de nos fenêtres nous l’écoutions ? Il montait vers les étoiles !… ce soir, comme un oiseau blessé, il retombe sur son nid ; (elle ajouta avec un sourire…) c’est l’agonie d’un beau cygne.
Berthe regarde, regarde toutes ces choses qui demain seront mortes pour nous. Je voudrais emporter en moi l’odeur de la maison, ce bruissement, ces clartés.
— Mais nous reviendrons à Sèvres, Marguerite, tu retrouveras les visages anciens, ta chambre, ton banc sous les feuilles. Tu laisses le logis plein de roses, encore qu’elles soient fanées, tu aimeras les respirer un jour.
— Non, il ne faut pas revenir ; demain la porte de ce logis sera close, j’en veux perdre la clef.
— Moi pas, je t’avoue ma vieille, que de bon cœur je reverrai d’Aveline et le savant Criquet. Ont-ils été assez gentils ! Jérôme Pâtre tremblait en nous disant adieu : « Mesdemoiselles, je garde de vous toutes un cher et doux souvenir ; je vous souhaite d’être heureuses comme femmes et comme professeurs. » Et son œil mouillé, et sa petite langue qui frétillait. Tu n’as pas vu ça toi !
Du reste, je ne sais où tu as la tête ; d’Aveline voulait te dire adieu… à toi ; quand il nous a parlé de nos petits bonshommes, de nos petites bonnes femmes, et de l’espérance, et de la joie, il a bien vu que tu allais pleurer.
Hou la vilaine qui a raté le baise-main ; lui n’était pas content !
C’est drôle qu’on s’attache même à ceux dont on se moque le plus ! ça me fait de la peine, de ne plus revoir le museau de Mlle Lonjarrey, la barbe de Rogne-portion, la casquette du pipelet et les tisanes poivrées de l’infirmière, (avec son bon rire de gavroche, Berthe ajoute) : par la Bouche et par l’Esprit, je reste prisonnière de l’École.
— Et ton cœur ?