Beaucoup de Sèvriennes sont encore des gamines ; il est facile d’être imprudentes, quand on est mal gardées.

Aussi les potins ne manquent-ils pas ! Mais les commérages du dehors n’ont pas de prise et n’attaquent en rien la conception très élevée qu’on se fait de notre culture morale.

Ah ! si Mme Jules Ferron consentait à descendre jusqu’à nous !

L’esprit de l’École est bon. Il est fait d’une commune estime, d’une entente sympathique entre les trois années. On s’oblige volontiers, les aînées n’affectent pas trop d’être les douairières, elles nous invitent au thé de quatre heures ; puis à table, en salle de réunion, au bonsoir, petit à petit les anciennes nous livrent les traditions de Sèvres.

Les repas sont amusants ; on se groupe à sa guise, les conversations y gagnent en intérêt : chacune a le droit d’y être sincère, et d’avouer ce qui lui plaît, dans les habitudes de cette vie intime. C’est à l’heure des repas que se prennent les résolutions ; de table en table passent les circulaires, les pétitions, les petites notes sur les objets perdus.

Au coup de fourchette, bien plus qu’aux conversations, se révèlent soudain les milieux. A ma table, j’ai pour compagnes la fille d’un tisserand et la fille d’un colonel : personne, au cours, ne devinerait une semblable différence de situation ; voilà le dîner servi, les tares inconscientes, mais révélatrices, trahissent l’origine.

Jeudi nous sommes allées nous promener au bois, c’était charmant. Par groupes de cinq on trotte dans les petits chemins encore secs. Les feuilles craquent, la terre embaume, le vent picote. J’ai fait connaissance avec les bassins d’eaux mortes et les ruines de Saint-Cloud.

On dirait que quelqu’un habite sous ces ronces, parmi ces statues mutilées, ces miroirs brouillés, qu’on redoute de briser en y jetant une pierre.

Il y a des coins de ce parc qui ont une mélancolie, une amertume de cimetière abandonné.

En été, nos chefs de groupe, deux anciennes, Isabelle Marlotte et Renée Diolat, nous emmèneront cueillir les fleurs pour nos herbiers, à Viroflay, à la Malmaison.