Le flot des Sèvriennes, affamées par tout un après-midi de travail, se précipita vers le réfectoire, où sur les nappes luisantes, au milieu de chaque table, fumait le pot-au-feu.

Et Berthe Passy esquissant un entrechat, au grand scandale de la vieille demoiselle Lonjarrey, souleva la soupière, en s’écriant :

— O béni sois-tu, pot-au-feu de nos familles.

— Amen, fit Marguerite, vas-tu faire encore la parade.

CHAPITRE V

JOURNAL DE MARGUERITE TRIEL (suite)

15 octobre.

— Je suis ébahie d’une liberté aussi anglaise, on va, on vient, dans la maison, on sort le dimanche, sans dire où l’on ira. On reçoit ses amis dans sa chambre, sauf les frères et les cousins ! ils ne restent cependant pas le nez dehors, et j’en sais qui prennent part aux goûtettes du jeudi.

On nous laisse responsables de nos actions ; le régime adopté à l’école est celui de la confiance et de la liberté ; le règlement, très large, est appliqué à la lettre par l’inexorable Lonjarrey. Seule, Mlle Vormèse, notre répétitrice, si attachante, n’en retient que l’esprit.

Il n’y a pas sur nos actions de contrôle direct ; au sortir de la discipline soupçonneuse des lycées et des pensionnats, on est un peu désorienté de se sentir si libre de mal faire.