» Thérésa, qui n’a peur de rien, a mis en branle tout le midi. Hortense, si on l’avait laissé faire, à propos de tout, aurait cité l’amour d’Ugène pour son Hortense, et la passion d’Hortense pour Ugène. J’avais beau lui faire le pied, elle n’en voulait pas démordre !…

» Quand c’est Socrate qu’on lit, on pleure. Ce sera le tour de tes chaussettes ; tu verras, pas un sou d’oublié. Mais tu sais, le jour où on lit la jalousie, dans La Rochefoucauld, j’y vas les mains dans mes poches, et je parle.

» C’est renversant, mais ici, on cause de ces choses-là comme si on revenait de Cythère. O que je regrette le huis clos de ces entretiens ! Ça manque d’hommes, et vois-tu, la philosophie entre femmes, c’est gentil, mais c’est comme en amour, il y manque quelque chose.

» Je ne donnerais pas ma soirée pour un fauteuil à tes Guignols : en sortant, j’ai vu le meuble le plus cocasse que tu puisses imaginer ; c’est la bergère où l’illustre Veuve se repose.

» Sûrement, c’est un cadeau qu’a reçu Jules Ferron sur ses vieux jours ; mais ça a l’air d’une farce. Imagine-toi, au milieu du siège, brodés au petit point, un jeu de dés, un pot à tabac, des cartes, une pipe, une boîte d’allumettes avec ces mots rouge-sang, placés juste à la chute… des reins : Feu !

» Le fou rire m’a prise, j’ai cru que je ne retrouverais jamais ma chambre. Je me roulais en zig-zag dans le couloir, secouant les portes. — Feu ! feu : c’était un hoquet, des larmes, feu, feu. J’avais les côtes étranglées. J’ai fini par tomber par terre, les autres, autour de moi, riaient encore à se pâmer.

» Nous avons fait scandale, et la chemise de nuit de Mlle Lonjarrey nous a poursuivies de récriminations jusqu’au matin.

» On devrait léguer ce fauteuil de valétudinaire en détresse à la Comédie française. Il remplacerait les chaises percées de Molière.

» Ah ! mon petit Jules, c’est toi le vrai philosophe, puisque tu as nourri la joie dans mon cœur, et semé le rire sur mes lèvres frondeuses.

» Une patte à Friquette, un salut au cordon bleu, un bécot pour toi de