3 novembre.
Je suis à la torture : que dire d’André Chénier, s’il faut ignorer cette partie de son œuvre, qui à mon sens, vaut bien les Idylles de Théocrite et certaines pages de Virgile.
Si j’allais consulter Mlle Vormèse… j’y vais.
Mlle Vormèse a prononcé ce vilain mot de « poésie érotique ». Cela suffit pour éclairer mon ignorance et m’interdire toute allusion à ces vers.
Allons sagement, classons les fiches que j’ai tirées de Sainte-Beuve, de Jules Lemaître, de Faguet, et cuisinons une belle petite conférence pour jeunes filles, sur le Chénier des Iambes et des Idylles, sans même leur dire, que l’homme qui écrivit ces vers était beau comme un Dieu.
4 novembre.
Mon plan est arrêté, Mlle Vormèse l’approuve, je suis tranquille. J’étudierai, devant mes compagnes, l’âme antique et l’âme moderne dans l’œuvre de Chénier ; j’essayerai de leur montrer la divine poésie des anciens, ressuscitée par cette imagination d’artiste, et la poésie contemporaine née, chez lui, de la sincérité de sa douleur.
5 novembre.
Je viens d’aller faire ma leçon aux arbres du parc. L’air était si doux, que sous les feuillages blonds, près de l’herbe fraîche encore, on se serait cru au printemps. Mon plan bien en tête, j’ai improvisé. Les paroles, les images surtout, naissaient à chaque pas.
La marche rythme ma pensée, je suis toute surprise de parler ainsi sans embarras ; quand un mot s’obstine à ne pas venir, je n’ai qu’à regarder les feuilles, à m’avancer plus loin sous le bosquet, en cherchant, et le mot, le mot cher à d’Aveline, est là sur mon chemin.