Le café est exquis, on le savoure assis à la turque sur les nattes éparses ; seule Mlle Lonjarrey se prélasse dans un fauteuil : Berthe lui a pris les deux pieds, et a calé sur un coussin de drap fin, brodé par quelque odalisque, les deux « arpions » de la surveillante.

— Mademoiselle, un peu de ce rhum Letchy, première marque.

— Volontiers, mon p’tit.

Une rasade tombe dans la tasse, puis une autre plus longue ; Mlle Lonjarrey, en connaisseur, déguste avec de petits claquements de langue.

— Que disiez-vous donc, mes p’tits, quand je suis entrée ?

— Marguerite nous racontait ses impressions sur la soirée d’hier ; elle est ravie, Berthe aussi, de l’accueil si gracieux que leur a fait Mme Jules Ferron…

Mlle Lonjarrey n’a point vu le roulement d’yeux de Berthe, ni le rire déguisé de toutes ces jeunes bouches, qui feignent de chercher, au fond de leur tasse, la dernière goutte de café.

— Oh ! mes p’tits ! on ne sait pas quel grand cœur est celui de Mme Jules Ferron ! moi qui suis son bras droit, j’en sais long là-dessus ; si je parlais…

Puis, changeant brusquement de sujet, par suite de cette infirmité d’esprit qui l’empêche de suivre une idée jusqu’au bout : Aurez-vous de gentilles toilettes pour la fête de l’École ? Vous savez qu’il est défendu de se décolleter : ni bras, ni épaules nus ; pour le reste ça vous regarde. Au fait ne parlons pas de cela, puisque c’est une surprise que vous nous ferez. Adrienne, passez-moi le flacon…, exquis ce rhum, exquis.

La main, desséchée, tremblote ; et l’odeur de rhum échauffé se répand tout autour de Mlle Lonjarrey.