— Cette Berthe, quel type ! Mme Jules Ferron se gondolerait à l’entendre, fait Thérésa, dont les réflexions manquent assez souvent aux plus élémentaires convenances.
— Ne croyez donc pas un mot de ce qu’elle vous dit. Berthe a le don de faire des charges à propos de tout. Je vous assure que cette soirée a été un peu longue, un peu morte, mais pas si ennuyeuse que vous l’imaginez.
On entre là à petits pas, comme dans une chapelle : l’harmonium est dans le coin, le buste de Jules Ferron, au milieu. Il y a des sièges. Des fleurs aussi…, sur le tapis. Aux murs des tableaux anciens, alternant avec des glaces.
Mme Jules Ferron parle à chacune de nous ; il faut lui répondre avec mesure, avec tact ; elle applaudit d’abord, on applaudit ensuite. On l’applaudit elle-même, quand elle joue en grande artiste du Beethoven.
Vous lui verrez un air riant, et dans sa longue robe à traîne, une dignité simple qui la transforment ; nous ne sommes plus ses élèves, mais ses invitées. C’est très curieux à observer. Par malheur, nous, nous ne changeons pas ; la gaieté se fige sur tous les visages, il y a quelque chose de contraint, de glacial, qui gâte la fête qu’on nous offre.
Les « troisième année » ont joué M. Perrichon ; Labiche a, paraît-il, toute l’année les honneurs du tapis bleu, puis on a pris le thé, debout devant sa chaise ; Mme Jules Ferron tient la théière et passe, Mlle Lonjarrey suit… avec le rhum et le sucrier, la doyenne offre les gâteaux secs ; on boit timidement, avec la terreur de commettre une maladresse. Les tasses sont de Chine, offertes à l’orateur par un mandarin de passage et…
La porte s’ouvre en coup de vent, Berthe Passy s’efface, laissant passer la riante Mlle Lonjarrey, puis Marie Christofla, dite Jacqueline « une seconde année », qui parsème sa chevelure de fleurs, et sa robe de bijoux.
Lève-toi, Jacques, lève-toi !
fait Berthe parodiant Béranger,
Voici venir l’huissier du roi.