Et ces sentences inouïes : (imitant la voix de Mme Jules Ferron).

— Je n’aime pas le Chôpin, mon enfant, ch’est une mugique malchaine. Oui, oui, on ne doit pas faire attenchion aux paroles qu’on chante. Ch’est la mugique qui est tout.

— Oh là là ! Ça ferait plaisir à mon paternel. Je demande au prochain tour à chanter un laïtou laïtou, sur une pirouette.

Vous savez, vous autres, il faut s’exécuter, et payer en monnaie de singe la tasse de thé et le rhum, et les tuiles de l’Illustre Veuve.

(Imitant encore la voix de Mme Jules Ferron.) Et vous Marguerite, vous êtes mugichienne ? nous vous écoutons. Et vous Jâne vous récitez ? et vous Victoire vous chantez ? Toutes y passent, je…

Marguerite interrompit ce flot de paroles, qui de lui-même allait s’arrêter, dans un de ces bâillements dont Berthe était coutumière.

— Allons, allons, vilaine gamine, ne t’emballe pas, tu as rattrapé le temps perdu. Savez-vous qu’hier soir, dans le couloir des chambres, cette incorrigible s’est mise à faire de la boxe avec une « troisième année », qui a eu le nez cassé d’un coup de poing !

— C’est vrai, j’ai fait la folle, j’avais de tels grillons dans les jambes, que d’un bout à l’autre du couloir, je me suis ruée sur toutes les épaules que je rencontrais. Mathilde a voulu riposter, et devant sa porte : un, deux, moulinet. (Prudemment les Sèvriennes se mettent hors de portée.) Je lui ai envoyé mon poing en pleine figure : ah ! le beau coup !

— Dis-donc ne recommence pas ; va plutôt quérir Mlle Lonjarrey et racoler Jacqueline, voilà le café qui filtre.

D’un bond Berthe Passy est dehors, et l’on entend, sur les planches sonores du couloir, la bête échappée qui piaffe et se rue chez Mlle Lonjarrey.