— Vous mon p’tit ! et de qui ? allons Berthe dites, dites.

— Je n’ose pas.

— Mais si, dites, dites.

Tous les regards dévorent Berthe, qui feint un embarras subit, et se traînant sur la natte, à la façon d’un cul de jatte, s’approche de Mlle Lonjarrey et pose sa tête malicieuse dans le giron de la vieille fille.

— Vous le voulez, mademoiselle.

— Oui, dites, dites, serait-ce de M. Pâtre, de M. Criquet ? peut-être de M. d’Aveline ! La vieille Lonjarrey grille d’impatience.

— Eh ! bien voilà, mademoiselle ; je suis amoureuse… (rougissante)… de pommes de terre frites.

— Ah ! ah ! ah ! elle est bien bonne, ah ! ah ! ces p’tits veulent se payer ma tête, ah, ah !

Le rire, qui secoue la bouche prodigieuse, et met en branle le dentier de Mlle Lonjarrey, gagne toutes les Sèvriennes ; on se lève, on se presse, on tire Berthe qui se défend.

— Mais oui, je vous dis que je les adore ; tant pis si je moucharde, mais je vous jure que le dépensier nous les rogne, il les compte, mademoiselle, il les compte. Si c’était un effet de votre bonté de lui dire qu’il en mette un peu plus dans sa poêle.