Depuis trois mois, je m’accoutume à cette existence solitaire ; ce n’est pas de vivre enfermée que je souffre ; depuis longtemps je ne vis qu’avec moi-même.

C’est un tourment, un besoin confus, mais sans répit, de me dégager de mes anciens rêves. Le passé me laisse indifférente, tant de choses nouvelles m’attirent ; chaque jour, par une lecture, par un effort, j’avance vers ce but, encore voilé.

Est-ce curieux, j’éprouve par l’esprit, un malaise analogue à celui que tout mon corps subit lorsque je devins jeune fille.

16 décembre.

J’assiste impassible à ce bouleversement de mon être. Là-haut j’ai vu ce soir l’image de mon état d’âme. Des nuages galopent, fouaillés par le vent qui se lève ; c’est une course insensée à travers le ciel ; ils passent devant la lune qui s’obscurcit, d’autres accourent, puis la meute fantastique disparaît, dégageant l’astre qui monte, serein vers son zénith.

23 décembre.

Une chose me frappe à l’École, et me semble la caractéristique de l’enseignement qu’on nous donne : les Sèvriennes parlent sans cesse de licence, d’agrégation, jamais de professorat !

Jamais il n’est question de nos futures élèves. Jamais nos leçons ne visent l’esprit limité d’enfants de dix à quatorze ans. Foin de pédagogie théorique, semble-t-on dire, « en forgeant on devient forgeron », faber, fabricando. Sur la fin de notre carrière, nous serons peut-être capables d’enseigner, simplement, des choses élémentaires.

Je me reconnais inapte, au sortir de l’École, à mettre à la portée de mes gamines, l’histoire du moyen âge que nous étudions en ce moment.

Un beau sujet de composition écrite que celui-là : Rôle de l’Église sous les premiers Carolingiens.