CHAPITRE XV
JOURNAL DE MARGUERITE TRIEL
15 décembre.
L’École, le soir de la fête, était en beauté ; un coup de baguette et l’austère « prison », devenue un palais de féerie, nous laissait à chacune l’illusion d’être dans un de ces collèges d’Outre-Manche si à la mode aujourd’hui.
Nous étions toutes belles ; qu’il doit être difficile, dans un vrai bal, de choisir la reine ; ici nous avions toutes une fraîcheur, un éclat, des yeux si rayonnants, que je ne saurais fixer une préférence.
J’avais mis ma robe favorite, ma robe de velours noir, si simple, toute droite, avec une petite traîne souple, qui se pose, quand je m’arrête, comme un joli chat réclamant une caresse. Autour du cou, une écharpe de tulle bleu, faisant papillon au bas de la nuque ; mes cheveux avaient un joli reflet d’or… J’ai embrassé mon miroir pour lui dire merci.
Et cependant, je garde un souvenir pénible de cette soirée ; je suis partie radieuse au bras d’Isabelle Marlotte, je suis revenue navrée ! Navrée d’une tristesse incompréhensible. Ces lumières, ces fleurs, ces rires, brusquement ont éteint ma joie. Myriam a dit des vers de Musset, j’ai pleuré, et je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. J’aurais voulu fuir, courir dans le parc, appeler, qui ? crier cette peine que j’ignore, mais que je sens au fond de moi-même, comme une plaie qui m’épuise.
Quel coup m’a donc blessée ?
La vie me rit, mes compagnes m’aiment, mes professeurs m’encouragent, Mlle Vormèse ne cache point l’intérêt qu’elle me porte.
Alors ?