Une ritournelle, un « rigaudon » de Rameau, efface l’impression trop vive, et les bouts de causerie reprennent en bourdon, jusqu’à ce que Myriam revienne, et d’une voix brisée, puis ardente, puis fraîche comme le bruit d’une fontaine, dise les regrets de Sylvia et la tristesse de ne plus aimer.

— C’est trop bien ! elle serait sur les planches, qu’elle ne jouerait pas mieux.

— Dis donc, Margot, c’est le cas de dire qu’aujourd’hui Sèvres reçoit M. Cupidon ! mais voilà, ici, ce n’est pas autre chose que Vert-Vert chez les Couventines…

— Tu ne réponds pas, qu’as-tu ? tu souffres ?

— Tais-toi, ne me regarde pas, je t’en prie, Berthe ; je ne sais pas ce que j’ai… cette poésie m’a fait mal, j’ai le cœur si gros… (très bas) de n’être pas aimée, et deux grosses larmes tombèrent brûlantes sur les mains qui se rejoignaient.

Le concert fini, la tombola tirée, on s’en va à la queue leu leu, dans la salle de réunion, manger sandwichs et babas, glaces et petits fours. On se congratule, on s’embrasse ; Myriam, très entourée, résiste à peine aux compliments qui l’accablent ; elle abandonne sa belle main aux lèvres d’Angèle Bléraud, ses regards disent assez l’ivresse de la cabotine triomphante.

Renée, la vierge pure du Noël, disparaît devant cet éclat ; les Sèvriennes affolées adorent en Myriam, le poète de l’amour, que cette voix leur a révélé.

Elles dansent, mais leur pensée est ailleurs ; comme une maîtresse, la poésie les caresse et les meurtrit. Elles tourbillonnent éperdues, silencieuses, et les heures passent, les heures s’en volent, elles sont heureuses.

Mme Jules Ferron regarde et sourit encore.

Sur l’ombre orgueilleuse de la vieille maison, se déroule, s’enlace, la liane vivante d’une dernière farandole ; et pour un soir, oubliant dans cette ivresse son impassibilité stoïque, elle se sentit enfin des entrailles de mère !