Les yeux de Magdeleine étaient tournés vers le ciel. Deux grosses larmes roulèrent sur ses joues, tandis que ses lèvres s'agitaient faiblement, comme si elle eût adressé à Dieu une fervente prière.

— Vous pleurez, ma mère ? dit François.

— J'espérais, répondit tristement Magdeleine, mourir à Bretteville et reposer près de la tombe de mon mari.

— Je vous promets de revenir tous les ans au pays. Vous pourrez alors accomplir votre pieux pèlerinage de Norrey. Allons, ma mère, repoussez à votre tour ces funèbres pensées. Voyez, j'ai presque oublié l'insulte de Pierre Vardouin et je me sens plein d'ardeur, depuis que j'ai pris une forte résolution. Avec l'argent qui nous reste, nous irons à Caen. J'y trouverai de l'ouvrage et nous commencerons bientôt notre tour de France. Un coup de main, ma mère ; vous serez plus habile que moi à empaqueter mes vêtements.

— Volontiers, puisque c'est ta volonté bien arrêtée, soupira Magdeleine.

Et le fils et la mère commencèrent leurs préparatifs de voyage.

Après la brusque sortie de François, Marie, qui connaissait le caractère irritable de son père, se décida à quitter la chambre sans avoir essayé de justifier son amant ou du moins d'implorer son pardon. Cette résolution lui coûtait cher, car elle se sentait bonne envie de se jeter aux genoux de Pierre Vardouin et de donner un libre essor à sa douleur. Mais elle pensa que son père pourrait lui reprocher plus tard, en rougissant, d'avoir été témoin de son honteux emportement. Cette crainte l'emporta sur son émotion. Elle refoula ses larmes et, avant de sortir, elle tourna ses yeux humides du côté d'Henri Montredon, comme pour lui demander son assistance. Le vieillard lui sourit avec bonté et répondit par un coup d'oeil expressif qui voulait dire, à ne s'y pas tromper : Courage ! je sauverai tout.

Quand elle se trouva sur le palier de l'escalier, Marie se demanda si elle rentrerait dans sa chambre ; mais son hésitation s'envola, plus rapide que l'oiseau dont on ouvre la cage. Elle s'arc-bouta des deux mains contre la muraille, appuya son oreille contre la porte et retint sa respiration, de manière à ne rien perdre de ce qui allait se dire dans la chambre de son père.

La pauvre fille n'avait certes pas le vilain défaut que Walter Scott impute, à tort ou à raison, à toutes les filles d'Ève. Elle n'était pas curieuse. Mais elle venait d'entendre son nom et celui de François. C'était son jugement qu'on allait prononcer ; et, de tout temps, on a permis à l'accusé d'assister aux débats qui décident de son sort.

Pierre Vardouin marchait à grands pas d'un bout de la chambre à l'autre.