François était resté sur le seuil de la porte. Tout à coup il poussa un grand cri et rentra précipitamment dans la chambre.
— Qu'y a-t-il ? demandèrent les deux femmes.
— Pierre Vardouin ! s'écria François hors de lui. Il s'avance de notre côté.
— Quel malheur si mon père me surprenait ici ! dit Marie.
— Venez ! lui dit la veuve Regnault.
Elle l'entraîna dans la chambre voisine.
Lorsqu'il vit le maître de l'oeuvre entrer d'un pas résolu dans la maison, François porta instinctivement la main à son coeur, comme pour en comprimer les battements. Il était trop jeune, et ses passions étaient trop vives pour que son émotion échappât à un oeil aussi exercé que celui de Pierre Vardouin. L'attitude de l'apprenti n'exprimait pas le défi ; mais elle était pleine de noblesse et de fierté. Il se découvrit, par respect pour les cheveux blancs du maître de l'oeuvre, et garda le silence. Il attendait une explication. Pierre Vardouin comprit qu'il n'obtiendrait rien du jeune homme, s'il ne lui adressait pas les excuses auxquelles il savait, d'ailleurs, qu'il avait droit. Il s'avança donc à sa rencontre en lui tendant la main.
— François, dit-il, l'offense était grave, — je le sais, — mais irréfléchie. Voici la main qui vous a frappé. Voulez-vous la serrer, comme celle d'un ami qui reconnaît ses torts ?
Le jeune homme répondit par une étreinte cordiale, mais tout en conservant une certaine retenue et sans manifester d'étonnement. Cette froideur déplut au maître de l'oeuvre.
— Garderais-tu un vieux levain de rancune contre moi ? demanda-t-il.