— On lui a tranché la tête ! répondit le sculpteur. Je savais, ajouta-t-il, que Kerlaz avait reçu l'ordre de passer la nuit dans l'église. Je m'apprêtais à y aller pour lui tenir compagnie, lorsque le pauvre garçon s'est avancé à ma rencontre avec une mine à faire trembler. Une bosse affreuse lui cachait la moitié d'un oeil.

— Il est tombé ? demanda-t-on.

— Non ; mais il s'est battu.

— Avec qui ?

— Avec un esprit qui a le poing solide, allez !... Il paraît qu'il s'éclairait (l'esprit bien entendu) avec une petite lanterne sourde. Il prenait toutes ses aises, afin de mieux briser ma statue. Alors Kerlaz, qui est un rude compère et qui n'a pas peur, s'est approché de lui tout doucement. Mais au moment où il allongeait la main pour l'empoigner, il a reçu un terrible coup en plein visage. Lorsqu'il a rouvert les yeux : bonsoir ! l'esprit était parti... Il ne restait plus que la bosse. Comme je ne tiens pas à être défiguré, j'ai pris la ferme résolution de ne pas monter la garde dans l'église.

— Je vous éviterai cette peine, dit François qui s'était approché du groupe des parleurs. Je veillerai moi-même, cette nuit, à la sûreté de l'église. J'entends que désormais il ne soit plus question de toutes ces histoires ridicules. Suivez-moi, ajouta-t-il en s'adressant au sculpteur. J'ai besoin de vous.

François s'avança à grands pas vers la maison qu'il occupait à l'extrémité du chantier. Il pria le sculpteur de patienter quelques instants ; puis il s'approcha d'une table et se mit à écrire, sous la dictée de son coeur. Il ferma sa lettre et la donna à l'ouvrier, qui attendait ses ordres sur le seuil de la porte.

— Morbrun, lui dit-il d'une voix émue, vous connaissez la maison de Pierre Vardouin. Courez à Bretteville, et tâchez de remettre ce billet entre les mains de Marie.

— Mais vous n'ignorez pas que le maître de l'oeuvre ne permet à personne d'approcher de sa maison, encore moins de sa fille ?

— Je m'en rapporte à votre esprit inventif. Rappelez-vous seulement que ce billet doit passer de vos mains dans celles de Marie. Soyez prudent.