François s'assit sur un banc placé devant la maison et regarda s'éloigner Morbrun, qui courait sur la route de Bretteville avec la rapidité d'un lièvre poursuivi par une meute.

Ce n'était pas un garçon à sentiments bien vifs. La tête jouait un plus grand rôle que le coeur dans son affection pour François. Homme d'esprit lui-même, il se faisait un honneur d'obéir aux volontés d'un maître intelligent. Bref c'était un de ces caractères portés naturellement au bien, et chez lesquels la soumission au devoir est un instinct plutôt qu'une vertu.

Tandis que Morbrun dévorait ainsi l'espace, il cherchait un moyen ingénieux pour tromper la surveillance de Pierre Vardouin. Dès qu'il fut devant la maison du maître de l'oeuvre, il prit la désinvolture et la voix d'un homme aviné. Tout en trébuchant et maugréant à la façon des ivrognes, il vint rouler avec force contre la porte extérieure. Le bruit de sa chute attira du monde. Une fenêtre s'ouvrit au-dessus de lui.

— Qui est là ? dit une voix de jeune fille.

— Quelqu'un qui désirerait parler à Pierre Vardouin, répondit le sculpteur avec accompagnement de fioritures d'ivrogne.

— Il est sorti.

— C'est ce que je voulais savoir, dit Morbrun en se redressant d'aplomb sur ses jambes.

Puis, tirant la lettre de sa poche :

— Je viens de Norrey, reprit-il, et je vous apporte ce billet, qu'on m'a chargé de vous remettre.

Marie poussa un cri de joie et tendit la main pour saisir le billet ; mais la fenêtre était trop élevée au-dessus du sol. Alors elle ôta prestement le cordon qui faisait plusieurs fois le tour de sa taille. En moins d'une minute le cordon fut descendu, la lettre attachée et introduite dans la chambre. Marie fit un geste de remercîment à Morbrun et referma la fenêtre. Son coeur battit violemment, quand elle décacheta la lettre ; et ses yeux se remplirent de larmes, à mesure qu'elle avançait dans sa lecture. Voici ce que lui disait François :