II

Le renvoi.

Après le départ d'Élisabeth, au moment où maîtresse Gilles se disposait à rentrer dans sa cuisine, une commotion subite ébranla l'air et fut suivie immédiatement d'un bruit sourd et prolongé. La fermière fit un bond, s'arrêta sur le seuil de sa porte et considéra avec inquiétude l'état du ciel. Le soleil brillait dans toute sa splendeur, l'horizon était pur ; seulement de petits nuages blancs paraissaient à de longs intervalles dans l'azur, comme si un peintre maladroit eût laissé tomber son pinceau sur le fond de cette toile immense.

— Il n'y a pas la moindre apparence d'orage ; ça ne peut pas être le tonnerre. Les oreilles m'auront tinté !

Rassurée par cette réflexion, maîtresse Gilles entra dans une grande pièce enfumée, qui servait à la fois de cuisine et de salle à manger. Elle versa de l'eau dans la marmite, agaça les tisons avec le bout des pincettes et se mit à gratter consciencieusement des légumes avec la lame de son couteau, lorsque les vitres de la croisée résonnèrent d'une façon étrange.

— Encore le même bruit ! s'écria la fermière en sautant malgré elle.

Elle prêta l'oreille et, comme elle n'entendait plus rien, elle se remit à la besogne : Mais les vitres de résonner bientôt, et maîtresse Gilles de sauter en l'air.

— J'y suis cette fois ! s'écria maîtresse Gilles, enchantée de sa découverte ; boum ! boum ! c'est bien ça... c'est le canon.

Elle alla chercher son almanach dans son armoire et se rapprocha de la fenêtre pour le feuilleter. Aussitôt les vitres de crier :