Elle promena un regard désolé sur les murs de sa petite mansarde, dont chaque meuble était un souvenir. C'étaient le lit, où elle goûtait un si doux sommeil, le bénitier de faïence surmonté d'un Christ où elle puisait pieusement de l'eau bénite tous les matins à son réveil, la petite table sur laquelle elle lisait le dimanche, la chaise sur laquelle elle se berçait en pensant à son père infirme, à sa mère qui reposait sous le vieil if du cimetière, à ses amis d'enfance. Elle se sentait le coeur gros à l'idée de quitter ces vieilles connaissances qui l'avaient vue rêver, prier et pleurer ! Et cette admirable campagne que l'on apercevait de la fenêtre ! et ce bois sombre qui s'arrondissait à l'horizon comme une épaisse chevelure ! et le clocher d'Audrieu qui se détachait en noir sur le bleu du ciel ! Que de poésie, à l'heure des adieux, dans toutes ces choses qui lui paraissaient autrefois insignifiantes !...
Mais voilà que de riches voitures descendent la côte à grand bruit et viennent troubler sa rêverie. Élisabeth, qui tenait à rester avec ses pensées, referma la fenêtre. Elle plia soigneusement ses robes et grossit son paquet de tous les autres objets de toilette. Une rumeur extraordinaire partait d'en bas et montait jusqu'au toit ; mais la jeune fille n'eut pas un instant l'idée d'ouvrir la fenêtre. Elle prit une dernière fois de l'eau bénite sous le vieux crucifix, jeta un dernier regard autour d'elle et descendit lentement les marches de l'escalier.
Il faut renoncer à peindre sa surprise et son effroi, lorsqu'elle aperçut la foule qui remplissait la cour. Elle voulut revenir sur ses pas ; mais il n'était plus temps. Françoise, la servante qui s'était moquée d'elle si méchamment le matin, s'approcha d'elle et, feignant une compassion hypocrite :
— Vous avez l'air bien triste ? lui dit-elle. Cela ne convient guère dans un pareil jour !
La méchante fille avait eu soin d'élever la voix pour être entendue des personnes qui l'entouraient. Tous les regards se portèrent aussitôt sur la pauvre Élisabeth, qui, rougissant et pâlissant, subit dans ces courts instants le plus affreux supplice qu'ait jamais enduré créature humaine.
Louis XVI avait fini son repas et parlait avec bonté aux paysans. Il fut un des premiers à entendre la remarque perfide de Françoise. Il regarda Élisabeth et fut frappé de son air d'abattement.
— Laissez approcher cette enfant, dit-il.
La foule ouvrit ses rangs. Mais, soit qu'elle n'eût pas entendu les paroles de Louis XVI, soit qu'elle n'eût pas la force de faire un mouvement, Élisabeth demeura debout à la même place, les yeux obstinément fixés sur le sol. Touché de sa position, le roi s'approcha d'elle et l'interrogea avec la plus grande douceur.
— Elle ne mérite pas que Sa Majesté s'occupe d'elle, s'écria maîtresse Gilles en accourant près du roi.
— Pourquoi ? demanda Louis XVI sans se retourner.