— Je te rends la liberté, répliqua le marquis en lâchant le bas de la robe et en ouvrant les bras.

— Et voilà l'usage que j'en fais, dit Marguerite en sautant au cou de son père. Je tiens ma vengeance, et je vais vous faire perdre toute votre soirée !

Le prêtre avait contemplé cette scène avec tristesse. Il pleurait sur cette joie qu'il savait devoir se changer en deuil, sur cette étroite communion de deux âmes qu'on allait séparer.

— Eh bien ! l'abbé, vous ne parlez pas ? dit M. de Louvigny. Approchez donc. Vous avez l'air de nous bouder !

L'abbé s'avança vers le marquis et serra avec émotion la main qu'il lui présentait.

— Vous n'êtes pas déplacé dans cette chambre, ajouta le marquis. Celui qui a assisté mon fils à ses derniers moments est, à mes yeux, comme son remplaçant dans la famille. Si j'avais encore ma fortune et mes dignités, vous seriez de toutes nos fêtes. Il ne me reste plus que ma fille. Elle est tout mon trésor, tous mes honneurs, toute ma joie ! Partagez la seule richesse qu'on m'ait laissée, en vous mêlant à nos entretiens et en voyant comme nous nous aimons !... Quoi ! vous pleurez ?

— Pour cela non, monsieur le marquis, répondit le jeune homme.

— Ne vous en défendez pas, poursuivit M. de Louvigny. Ce que je vous dis là n'est pas gai d'ailleurs.

— Ce n'est pas là ce qui fait pleurer monsieur l'abbé, interrompit Marguerite, qui depuis un instant observait les efforts que faisait le prêtre pour retenir ses sanglots. Monsieur l'abbé nous cache quelque malheur !...

— Mademoiselle Marguerite se trompe ! dit le prêtre en se troublant de plus en plus.