Un cri d'effroi s'échappa de toutes les poitrines. Les femmes se couvrirent les yeux.

Barbare avançait toujours, en s'aidant des pieds et des mains. Il était déjà arrivé au milieu de sa course, lorsqu'il sentit la corde fléchir insensiblement sous son poids. Il lui sembla même que la tour méridionale se penchait et s'avançait rapidement sur lui ; et ce n'était pas l'effet de la peur, car le sommet de la pyramide s'écroulait !

Barbare aperçut les pierres qui se détachaient. Il les entendit se heurter, en roulant le long de la tour. Il se raidit, serra convulsivement la corde et s'écria par deux fois, en se sentant lancé dans le vide :

— Marguerite ! Marguerite !

Tous les spectateurs avaient instinctivement détourné la tête ou fermé les yeux.

Lorsque les plus intrépides, ou les plus curieux, osèrent regarder, un cri de surprise et d'admiration sortit de toutes les bouches.

Barbare, toujours cramponné à sa corde, se balançait dans l'air, comme la boule d'un pendule immense. Doué d'une énergie merveilleuse et d'un sang-froid sans borne, le jeune homme avait eu la présence d'esprit de tourner les pieds dans la direction de la tour septentrionale, contre laquelle, sans cette précaution, il eût été infailliblement écrasé. Le premier choc fut terrible, et Barbare fut renvoyé violemment en arrière. Mais, peu à peu, les oscillations de la corde s'apaisèrent, et elle s'arrêta contre les parois de la pyramide [1].

[Note 1 : Tous les détails de l'ascension de Barbare sont historiques. Je les tiens de la bouche même d'un contemporain, qui fut témoin de cette héroïque imprudence.
(Note de l'auteur.)]

Barbare était encore suspendu par les mains. Il demeura ainsi quelque temps pour reprendre haleine ; puis on le vit remonter le long de la corde, gagner son échafaudage et s'y reposer un instant. Il se releva, et, saluant les spectateurs de la main :

— Barbare n'est pas mort ! s'écria-t-il. Vive la République !