Les Anglais parlaient entre eux avec animation. Les uns tendaient la main du côté de la mer, comme s'ils eussent donné l'avis de se rembarquer au plus vite. Les autres se tournaient vers la batterie d'Ouistreham, comme s'ils eussent voulu exciter leurs camarades à ne pas laisser leur entreprise inachevée. On devinait à leurs gestes, à leur air indécis, qu'il y avait dans leur conseil deux courants d'idées contraires. La compagnie qui avait marché sur le village de Colleville se croyait trahie et craignait une surprise ; les autres paraissaient décidés à tenter tous les hasards.

Cabieu retenait sa respiration, voyait et écoutait tout. Quand il fut convaincu que le parti des audacieux l'emportait, il coucha en joue l'officier qui s'était mis à la tête du détachement. En même temps, il s'écria d'une voix formidable :

— Qui vive ?

A ce mot, un grand trouble se fit dans les rangs des Anglais. Ils se pressèrent les uns contre les autres, formèrent le carré et regardèrent avec inquiétude dans les ténèbres.

— Voilà le moment de jouer ma comédie, se dit Cabieu.

Il tourna la tête en arrière, comme s'il eût adressé un commandement à une troupe de soldats.

— Nom d'un tonnerre ! s'écria-t-il, ne tirez pas ! ne tirez pas ! Je vous le défends !

Les Anglais dressaient l'oreille et cherchaient dans l'ombre à apercevoir leur ennemi.

Cabieu fit résonner la batterie de son fusil.

— Sacrebleu ! fit-il d'un ton furieux, n'armez pas, caporal ; j'ai défendu de tirer.