Et, changeant de voix :

— Capitaine, reprit-il, il faut en finir avec ces gueux d'habits rouges. Si nous faisons feu, il n'en échappera pas un.

— Silence ! répondit Cabieu. Obéissez à la consigne.

— Capitaine, continua-t-il sur un autre ton, mes hommes sont impatients. Ils ne veulent plus rester au port d'armes.

— Gredin ! s'écria Cabieu, ce sont les mauvais chefs qui font les mauvais soldats.

Et, comme s'il eût parlé au reste de sa troupe imaginaire :

— Qu'on emmène cet homme ! dit-il avec colère. Il n'est pas digne de se mesurer avec l'ennemi. Qu'on le conduise en prison.

Il se leva, marcha avec bruit et frappa plusieurs fois la terre de la crosse de son fusil, comme pour faire croire à une lutte.

Tout en jouant cette scène, Cabieu ne perdait pas de vue les Anglais. Ceux-ci paraissaient consternés.

— Eh bien ! s'écria de nouveau le rusé sergent, il me semble qu'on a murmuré dans les rangs ! Auriez-vous la sottise de regretter le départ de cet homme ? Sachez-le : ce n'est pas le nombre qui fait la force d'une armée, c'est la discipline. D'ailleurs n'êtes-vous pas assez nombreux pour mettre en fuite trois fois plus d'ennemis qu'il n'y en a là à combattre ?... Allons ! arme bras !... Que personne ne tire avant le commandement. Les garde-côtes d'Ouistreham et de Colleville sont avertis. Ils vont venir. Attendons-les. Nous prendrons l'ennemi entre deux feux. Pas un Anglais ne remettra le pied sur l'escadre !