En disant cela, il ajusta l'officier qui avait fait quelques pas dans la direction de la haie. Il lâcha la détente ; le buisson s'enflamma et, quand la fumée se fut dissipée, Cabieu aperçut sa victime qui se débattait sur le sable de la dune.

Les Anglais firent un feu de peloton sur la ligne des saules. Les balles sifflèrent aux oreilles de Cabieu et cassèrent des branches autour de lui.

— Canailles ! s'écria Cabieu d'une voix furieuse, comme s'il eût parlé à ses hommes, ne vous avais-je pas défendu de tirer ? Heureusement que rien n'est perdu. Nous n'avons personne de tué, et voici les garde-côtes qui arrivent.

En effet, au loin, on entendit le son d'un tambour qui battait la générale. Le bruit se rapprochait ; il était formidable. On aurait dit un régiment qui s'avance au pas de course.

— Voilà les nôtres ! cria Cabieu. Ne tirez pas encore. A la baïonnette ! mes amis, à la baïonnette !

Il avait rechargé sa carabine et il tira un second coup de feu dans la masse des Anglais.

— A la baïonnette ! reprit-il d'une voix courroucée.

A ces mots il agita les touffes de saules ; puis il traversa bravement la haie et s'élança à la rencontre des Anglais.

— Sauve qui peut ! s'écria l'ennemi qui se croyait attaqué par des forces supérieures.

De tous les côtés à la fois les Anglais gagnèrent le haut de la dune, se précipitèrent sur le rivage et se jetèrent dans les barques.