— Oh ! comme je souffre, ma mère, dit François en s'affaissant sur un escabeau.

Alors seulement la pauvre femme s'aperçut de la pâleur de son fils et du désordre de ses vêtements.

— Mon Dieu ! dit-elle, que t'est-il arrivé ? Ton front est couvert de sueur, tes joues sont pâles, comme si tu allais mourir. Tu n'es pas querelleur pourtant, et je ne te connais pas d'ennemis...

— Je n'ai pas été blessé, dit François, et cependant je souffre plus que si j'étais à mon dernier moment. Je souffre là ! reprit-il d'une voix perçante en prenant la main de sa mère et en la plaçant sur son coeur.

Puis il baissa la tête et retomba dans un morne silence.

— Parle-moi, dit Magdeleine. Que puis-je faire pour te soulager ? Je t'aime tant que je trouverai bien le moyen de te consoler. Mais — pour l'amour du ciel ! — ne me regarde pas ainsi fixement, sans me répondre !

— Nous sommes perdus, ma mère ! nous sommes sans ressources ! répondit sourdement François !

— Ne sommes-nous pas habitués à la misère ? dit Magdeleine en souriant tristement.

— C'est vrai, interrompit François dont les yeux brillèrent d'un vif éclat ; mais nous avons toujours eu du pain, et nous allons en manquer !

— Comment cela ? s'écria Magdeleine au comble de l'inquiétude ; n'es-tu pas plein d'ardeur au travail ?