Elle tenait compte, en même temps, de l’utilité de fournir aux jeunes voyageurs des éléments instructifs sérieux et de la nécessité de ne pas les maintenir sous une réglementation trop sévère, qui eût paru pénible au plus grand nombre d’entre eux. Elle convenait ainsi, non seulement à des jeunes gens terminant leur éducation par une année d’humanités pratiques, mais encore à des hommes faits, qui trouvaient dans une organisation intelligente, dans un milieu distingué, ce qu’ils eussent vainement cherché ailleurs.
Grâce à son haut patronage, à sa notoriété, à son caractère spécial approuvé par une quantité de sociétés savantes françaises et étrangères, notre expédition a rencontré dans chaque port des facilités exceptionnelles ; ses membres ont pu se trouver dès le premier jour en relation avec les personnages notables du pays, puiser des renseignements aux meilleures sources, organiser d’intéressantes excursions, en un mot tirer le plus de fruits possible de leurs courses rapides dans ces contrées lointaines.
Nos ministres, nos consuls, nos compatriotes, heureux de pouvoir être utiles à une œuvre française, qui faisait honneur à notre pavillon, nous ont constamment témoigné une bonne grâce et une obligeance parfaites, et, dans tous les pays que nous avons parcourus, les autorités locales ont marqué leur sympathie pour l’expédition de la manière la plus courtoise.
Je me fais un devoir, en terminant cette courte notice, de remercier ces amis de toute nationalité, dont la bienveillance nous a été si précieuse, et de leur répéter ici combien nous avons été sensibles à l’accueil plein de cordialité qu’ils nous ont fait sur les rives des deux Océans.
G. L.
DE MARSEILLE A GIBRALTAR
Arrivée à bord. — Partirons-nous ? — Un voyageur in partibus. — Appareillage. — Présentation au lecteur. — En mer. — La première messe à bord. — Les colonnes d’Hercule.
En rade de Marseille, 1er août 1878.
Le jour même de son départ la Junon présentait le spectacle le plus singulier. Dire qu’elle était encombrée, ce n’est rien dire ; il n’y a pas de mot qui puisse exprimer un pareil enchevêtrement de choses disparates ; des caisses de toutes formes et de toutes dimensions, des sacs, des cartons, des provisions, des armes couvraient le pont, malgré le va-et-vient continuel des garçons et des matelots s’efforçant de mettre chaque chose à sa place, soit dans les cales, soit dans les chambres. De chaque côté, deux grands chalands, que des hommes de peine déchargeaient en toute hâte, et dont le contenu venait obstruer les passages, s’accumuler au pied des mâts et le long des claires-voies. C’étaient des pièces de machine, des cordes, des fanaux, de la vaisselle… Enfin, le plus complet et le moins artistique désordre qui se puisse voir.
Au milieu… que dis-je ? par-dessus tout cela, une foule compacte et remuante d’amis, de curieux, de négociants, d’ouvriers du port, de marins, etc…