Plus agités, ou tout au moins plus émus que cette foule, partagés entre les soins de leurs bagages et le plaisir de distribuer d’innombrables poignées de main, mes vingt compagnons de voyage cherchaient à se reconnaître au sein de ce dédale.

Curieux comme un touriste doublé de reporter, je tenais à savoir si véritablement la Junon allait appareiller, ce qui me semblait peu vraisemblable, et pourquoi tant de hâte au dernier jour. Je m’adressai au commandant :

— Monsieur, me répondit-il, nous quitterons le port vers dix heures pour aller mouiller en rade, et nous prendrons la mer demain matin.

C’était net. Cependant, je dois avouer qu’il fallait une certaine confiance dans la parole de notre leader pour que mille objections ne vinssent pas à l’esprit. J’allais risquer de nouvelles questions, lorsque s’avança vers moi un grand jeune homme mince et blond, vêtu d’une redingote d’uniforme correctement boutonnée, l’air de fort bonne humeur et qui, tout en évoluant de droite et de gauche, répondait à vingt personnes à la fois, sans perdre un instant cette physionomie souriante qui m’avait plu tout d’abord :

— Vous cherchez votre chambre, sans doute ?…

— Oui, monsieur ; j’arrive à l’instant de Paris, et…

— Je suis le secrétaire de l’expédition. En l’absence de notre commissaire, je me ferai un plaisir de vous la montrer.

— M. de Saint-Clair Stevenson ?

— Oui, monsieur. Voulez-vous descendre avec moi ?

— Mille remerciements.