Luxor 17/12/77.

S.M.S. Feb. Vineta 76.

S.S. Ibis Den 9 Sept. 1876.

S.S. South Carolina, left New-York march 2nd, anchored here april 6th 1876.

Il y avait, en outre, deux planches dont les inscriptions étaient complètement effacées par le temps. Sur l’une d’elles, je gravai avec la pointe de mon poignard :

Junon 5/10/1878.

La promenade à terre ne présenta aucun incident remarquable. On tira bon nombre de canards, on récolta plusieurs brassées de moules, aussi belles et aussi abondantes que dans le détroit, et comme une petite pluie fine commençait à tomber, nous nous empressâmes de rentrer à bord pour ne pas faire attendre le dîner, que réclamaient, d’ailleurs, nos jeunes appétits, aiguisés par le froid et l’exercice.

Ayant passé toute cette journée au grand air, comme les deux précédentes, et devant nous lever de fort bonne heure le lendemain, chacun s’était retiré dans sa chambre après le repas. Soudain, à dix heures et demie, je suis réveillé par des hurlements qui me font immédiatement dégringoler de mon cadre. En un instant, nous voilà tous sur le pont. Qu’est-ce ? Le feu ? Une attaque des sauvages ? Ce sont en effet des indigènes, mais leurs intentions sont toutes pacifiques. Ce sont les mêmes que nous avons rencontrés dans le canal. Ils ont trouvé, sans doute, que nous faisions les affaires largement, car les malheureux ont parcouru une vingtaine de milles à l’aviron pour venir continuer leurs échanges.

Nous voulons les faire tous monter à bord, mais la vieille « sorcière » s’y refuse énergiquement et reste avec les deux femmes et les enfants pour garder la pirogue. Je n’ose pénétrer le motif de cette méfiance, qui laisse planer des doutes « incompréhensibles » sur la galanterie exagérée de ceux qui ont passé ici avant nous.

Les hommes ont gravi l’échelle du bord sans hésitation et sont introduits cérémonieusement dans le salon arrière. Voilà nos invités assis, complètement nus, sur les banquettes de velours, en face de diverses victuailles. Ils touchent peu à la viande, mais les sardines sont l’objet de leur prédilection ; elles disparaissent par douzaines, et ces messieurs ne repoussent les assiettes qu’après les avoir léchées avec soin et satisfaction. Le grand-père est décidément affreux ; mais les deux jeunes gens, assez bien bâtis, ne sont pas trop laids. Ces êtres-là sont des brutes, il n’y a pas à en douter, et Darwin leur a rendu justice en les classant au dernier rang de l’espèce humaine ; leur genre de vie, l’état de misère et de dégradation où ils végètent, en sont de suffisants témoignages, cependant leurs physionomies sont loin d’être idiotes, et on y trouve un mélange de bonhomie et de finesse.