Il l'emmena le soir même. Oui, il fallait lui faire quitter Paris!... Et il résolut, une fois en Touraine, de la soigner comme une enfant, au milieu des champs et des fleurs, dans la douceur rayonnante de l'été sur son déclin.
Ce fut avec une joie dont il se défendit mal qu'en arrivant à Tours, il apprit par les journaux du soir le décès, survenu le matin même, de Bessie-Anne-Élisabeth, marquise de Coulteray, née Clavendish...
XXIII
LE CHÂTEAU DE COULTERAY
Cette joie fut de courte durée. Christine, à qui l'on ne put cacher la nouvelle, voulait partir immédiatement pour Coulteray. Toute langueur, chez elle, avait disparu:
—Si elle est morte par ma faute, disait-elle, si elle est morte parce que je n'ai pas su l'entendre, je la vengerai!... Je lui dois bien ça!... je sens que son ombre ne me pardonnera qu'à cette condition!
Elle était dans une agitation qui ne cessa qu'à la première heure du jour quand elle se vit avec Jacques dans une auto qui devait les déposer à Coulteray à dix heures du matin.
—Il faut que je me calme, disait-elle, car il faut le surprendre, lui, et qu'il ne se doute de rien!
Tout ce qu'avait pu dire Jacques n'avait servi de rien. Elle ne l'écoutait plus. Toute sa pensée était dirigée contre le marquis. Elle ne prononça pas dix mots jusqu'à Coulteray.
En d'autres circonstances, pour des amoureux, ce voyage eût été un enchantement. C'est ce que se disait Jacques, à qui Christine échappait toujours pour une raison ou pour une autre dans le moment qu'il croyait s'en être rapproché le plus.